Ville de GUEUGNON

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La croisée des destins entre Selim le migrant et Ulysse le héros – Vendredi 10 novembre 2017

Yeelem Jappain, metteur en scène et auteur de la pièce, prend « un peu de la gloire d’Ulysse pour la faire rejaillir sur les migrants anonymes » et héroïse « les migrants en faisant l’aller-retour entre leur aventure dans ce qu’elle a de plus dur et âpre et celle des héros antiques magnifiée par l’Epopée. »

Avec « On dirait l’Odyssée », la Compagnie Cipango a de nouveau réalisé une performance théâtrale et une performance qui questionne, fait réfléchir. Ce spectacle a été proposé par le Pôle culture de la Ville de Gueugnon dans le cadre de la saison culturelle.

Deux destinées, celle d’Ulysse et de Selim, se confondent mais l’époque n’est pas la même et là où Ulysse apparaît en héros lorsqu’il sort vivant de son épopée en mer malgré les disgrâces de Poséidon, lui Selim entame une nouvelle vie, de héros aussi, mais peu réjouissante : à la dérive, échoué, seul survivant de son bateau de fortune, il est secouru et se retrouve dans un camp de migrants. Un camp où la dignité humaine disparaît. Chercher l’issue, poursuivre malgré tout, faire face au désespoir, à la désillusion. Et puis petite pointe d’espoir, l’amour, seule porte de secours qui pourra peut-être le sortir de cette prison. Et puis il y a aussi la ruse. Quoi de mieux qu’un étui de contrebasse pour simuler le cheval de Troie. Son crime : ne pas être né du bon côté de la Méditerranée ! Son envie : trouver un avenir meilleur pour lui mais aussi pour sa femme et son fils restés dans son pays natal. A sa famille il ment pour ne pas les inquiéter sur sa situation, pour ne pas leur montrer qu’il échoue là de l’autre côté où tous disaient qu’il faisait meilleur vivre. Son fardeau : être personne et pour personne il n’y a pas de loi.

La route et longue et parsemée d’embuches. Les sirènes deviennent pour Selim la drogue, les prostitués, le vol. Ce sont des chants face auxquels il faut rester sur ses gardes. Et puis lorsqu’Ulysse raconte son périple, le public ressent la bienveillance de ces interlocuteurs voire la fascination mais lorsque Selim prend la place d’Ulysse, malgré les similitudes fortes, ces mêmes interlocuteurs le plaident déjà coupable, coupable d’être arrivé jusqu’ici, de vouloir y rester. « On ne veut pas de toi. » Et puis un jour sonne le glas final : une lettre, un avis de la police. Et quand l’heure de l’expulsion arrive c’est retour à la case départ.

Et si tous ces migrants étaient des «Ulysse » ?

Les images sont fortes, dures et si proches de la réalité que le public plonge littéralement dans le destin de ces deux héros incarnés avec justesse par les comédiens.